JOURNAL DE BORD

Le standard RWS (Responsible Wool Standard)

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Dernière mise à jour: 17 novembre 2025

RWS en deux mots (ou presque)

La Responsible Wool Standard (RWS) est une norme volontaire portée par l’ONG Textile Exchange. Elle vise principalement deux choses :

avec en plus un volet chaîne de traçabilité pour suivre la laine du troupeau jusqu’au produit fini B2B.

La norme RWS est internationale, s’applique à toutes les races de moutons, et repose sur une certification par des organismes tiers (auditeurs indépendants). La version actuelle de la norme est la v2.2, publiée en 2021.

Qui porte la norme et comment elle fonctionne

Textile Exchange est en train de réorganiser ses standards dans un système unifié appelé Materials Matter Standard, annoncé pour décembre 2025. Il est probable que RWS soit intégré dans ce nouveau cadre, ce qui peut légèrement rebattre les cartes à moyen terme.

Les exigences clés de RWS

Bien-être animal

RWS s’appuie sur une approche inspirée des «Five Freedoms / Five Provisions»1 (liberté de la faim, de la douleur, de la peur, etc.), adaptées aux moutons.

Quelques points très concrets :

L’idée est de tirer l’élevage vers un niveau de bien-être supérieur aux minima légaux dans les principaux pays producteurs.

Gestion des terres (Land Management)

RWS demande une approche « progressive » de la gestion des pâturages :

On est encore loin de la régénération systématique façon « agriculture régénératrice » stricte, mais la norme pousse clairement dans le sens de pratiques plus soignées.

Volet social

RWS intègre aussi des exigences sociales, même si ce n’est pas son cœur de discours marketing :

Ce n’est pas une norme sociale pure type SA8000, mais il y a un socle.

Traçabilité et chaîne de contrôle

Du point de vue des marques, c’est un morceau très important de RWS :

Résultat : on peut remonter le fil de la laine depuis un pull ou un manteau jusqu’aux fermes certifiées (au moins sur le papier et dans les systèmes).

Les forces du label RWS

Un vrai focus sur le bien-être animal

Par rapport à de la laine non certifiée, RWS impose :

Ça en fait un standard de référence pour les marques qui veulent un minimum crédible en matière de bien-être des moutons.

Traçabilité structurée

Le système de chaîne de contrôle + certificats de transaction est robuste et s’appuie sur un standard déjà bien rodé (CCS). Pour une marque, ça permet de :

Adoption par de grandes marques

RWS est utilisé par un nombre croissant d’acteurs :

Concrètement, ça veut dire que le label est reconnu et disponible dans des chaînes d’approvisionnement globales.

Standard international harmonisé

RWS offre un langage commun pour des filières qui s’étendent sur plusieurs pays (Australie, Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud, Europe…).

Plutôt que gérer une mosaïque de cahiers des charges locaux, une marque peut dire : « On veut de la laine RWS », et le fournisseur sait de quoi on parle.

Réduction du risque réputationnel

Pour les marques, l’intérêt est clair :

Ce n’est pas une assurance tous risques, mais c’est un filet de sécurité.

Les limites (et les zones grises)

Couverture limitée de l’industrie laine

Même si RWS progresse, la majorité de la laine mondiale n’est pas certifiée RWS. Concrètement :

Standard volontaire = pas de garantie absolue

RWS reste une norme volontaire, mise en œuvre principalement là où les marques sont prêtes à payer pour ça. Et même avec des audits :

  • ce sont des photos ponctuelles (visites périodiques, souvent annoncées ou semi-annonces),
  • il peut y avoir des non-conformités entre deux audits,
  • les conditions sur les sites de transport ou d’abattage final peuvent échapper au périmètre strict de RWS (selon la manière dont la filière est organisée).

Animal welfare : RWS vs. attentes des ONG

Des analyses comparatives de plusieurs standards d’élevage (dont RWS) montrent que très peu atteignent un niveau jugé « acceptable » sur l’ensemble des risques de bien-être animal.

En parallèle, certaines ONG et articles spécialisés pointent :

  • que certains problèmes structurels de l’élevage ovin (densités, mutilations, mortalité des agneaux, etc.) ne disparaissent pas juste avec une certification,
  • que les labels peuvent créer une illusion de « cruelty-free » ou de « laine éthique » qui ne reflète pas toujours la réalité.

Bref : RWS améliore le cadre, mais ne transforme pas magiquement la laine en produit neutre ou parfaitement éthique.

Environnement : périmètre encore partiel

RWS traite de la gestion des terres au niveau de la ferme, mais :

  • ne couvre pas l’ensemble du cycle de vie (émissions de GES (Gaz à Effet de Serre) sur toute la chaîne, transport global, fin de vie du produit, etc.),
  • ne garantit pas une approche pleinement régénératrice (même si certaines fermes RWS sont aussi engagées dans des démarches de type « regenerative agriculture »).

Pour des acteurs cherchant une vision environnementale plus complète, il faut combiner RWS avec :

Complexité pour les consommateurs

Pour un·e consommateur·rice lambda, c’est parfois opaque :

On retrouve un risque classique de greenwashing par simplification : message très positif en vitrine, réalité plus nuancée en coulisses.

Coût et accès pour les petits éleveurs

La certification implique :

Pour des petites fermes ou des éleveurs dans des régions moins connectées aux grands circuits export, ça peut être :

  • trop cher ou trop administratif,
  • pas assez rentable si la demande RWS reste faible localement.

Résultat : le label peut se concentrer sur des filières déjà structurées, laissant de côté une partie importante de la production mondiale.

Paysage fragmenté des labels laine

RWS n’est pas le seul standard : on trouve aussi ZQ Merino, Authentico, des standards propriétaires de marques, etc.

Cette multiplicité peut :

  • embrouiller les acheteurs et les consommateurs,
  • diluer la pression vers un standard vraiment ambitieux et commun.

Que faire de RWS en pratique ?

Si tu es consommateur·rice

RWS est clairement mieux que rien :

Si tu hésites entre deux produits en laine, tout le reste égal,

Mais ça ne veut pas dire :

  • que la laine est « zéro souffrance »,
  • ni que l’impact environnemental du vêtement est miraculeusement faible.

Bon réflexe : regarder en plus :

Si tu es marque / acheteur pro

RWS est intéressant pour :

Mais si ton ambition est « neutralité climatique », « régénération des écosystèmes », etc., il faudra aller au-delà :

Conclusion

En résumé :

Donc :

RWS = bon outil, utile et sérieux, mais pas un passeport magique de « laine parfaite ».

Notes

  1. 5 Freedoms (Cinq libertés)
    → Elles décrivent ce à quoi tout animal doit avoir droit :
    1. Liberté de ne pas souffrir de faim ni de soif
    2. Liberté d’être exempt de malaise (environnement adapté)
    3. Liberté d’être exempt de douleur, blessures et maladies
    4. Liberté d’exprimer un comportement normal
    5. Liberté de ne pas éprouver de peur ni de détresse
    5 Provisions (Cinq mesures / dispositions)
    → Elles traduisent les Freedoms en actions concrètes à mettre en place :
    1. Fournir une alimentation adaptée (nutrition équilibrée, eau disponible)
    2. Offrir un environnement adéquat (abri, espace, confort)
    3. Prévenir maladies/traumatismes et assurer des soins rapides
    4. Aménager des conditions permettant les comportements naturels
    5. Gérer l’interaction humain–animal pour réduire peur et stress